Vers Göteborg

Sans titreLe soleil finissait de se lever mardi 25 juin alors que nous revenions dans le détroit de l’Öresund, route au Nord. Pas de vent pour la première heure de navigation mais un courant favorable qui nous a éjecté ! Notre attention pouvait se concentrer sur les 7 ferries / cargos / palettes de bois qui empruntaient le rail descendant et à travers lesquels il nous fallait nous glisser. Puis une navigation sous spi asymétrique jusqu’à ce que nous sortions du détroit et qu’un vent de 21 nœuds sous rafales nous cueille, dans une mer pour le moins agitée : descente sportive du spi, prise de ris et nous étions repartis pour quelques heures. Puis le vent a diminué, laissant place à une atmosphère lourde : spi asymétrique, et enfin moteur pour les 3 dernières heures, les seules qui nous aient paru longues…
Un peu de baume : il n’y avait pas non plus de vent au moment de nous amarrer dans une boîte à Varberg, et nous avons réussi notre manœuvre comme des chefs ! DSCF2440L’après-midi du lendemain était encore très ventée, et nous en avons profité pour prolonger notre escale.DSCF2470 Varberg est une ville industrielle (export de grumes en particulier), mais aussi historique avec sa forteresse et son établissement de bains de mer de la fin XVIII°, et touristique. En tout cas, une ville très agréable avec un beau marché le mercredi !DSCF2473
Nous faisons des plans jusqu’à la date de notre décollage vers la France, et décidons que maintenant que nous sommes à proximité des premiers archipels de la côte Ouest suédoise, nous pouvons nous y offrir deux escales. La première sera devant l’île de Mönster, après une navigation de 26 nautiques peu agréable pour cause de mer bien agitée par les vents de la veille. L’endroit est magnifique, peu fréquenté, et nous offre une belle balade. DSCF2523Nous atteignons la seconde vendredi après 3 heures d’une navigation dans l’archipel comme nous les aimons, bon vent portant, mer aplanie par les îles, spi asymétrique et points de vue sur le rivage superbes. Quelques petits marsouins ou dauphins croisent notre sillage : cela faisait longtemps ! L’anse devant Kungsö est bien protégée des vents de Nord-Ouest et Ouest que nous attendons. DSCF2706Elle est aussi nettement plus proche de Göteborg et nous sommes vendredi : nous ne sommes pas vraiment seuls ! Il y a même quelques bateaux qui n’hésitent pas à mettre à fond leur sono… Mais notre marche sur l’île est vraiment agréable et nous prenons notre premier bain, à l’abri du vent. Bon, nous aurions pu mieux faire encore, en n’oubliant pas de descendre l’échelle qui permet de remonter sur le bateau quand on y revient à la nage, et en vérifiant que la douchette extérieure fonctionnait correctement (quand on oublie de la vidanger avant l’hiver, elle se venge en explosant avec le gel). DSCF2721
Il est maintenant temps pour nous de nous diriger vers Göteborg. Nous devons y mettre le bateau au repos pour 3 semaines, le mettre en ordre de marche pour l’équipage suivant (nos fils et leurs amis pour une semaine), et aussi organiser son hivernage pour la fin du mois d’août.
Une superbe navigation en douceur et dans une superbe lumière nous emmène à l’embouchure de la rivière de Göteborg, dans une des nombreuses marinas locales : Långedrag. L’environnement est à la fois industriel, impersonnel, touristique, près de la nature, très pratique et bien desservi par le tram jusqu’à Göteborg. Et les voisins de ponton sont sympas ! Et nos amarrages en « boîte » sont de plus en plus efficaces ! Heureusement, car l’amarrage à Långedrag s’est fait deux fois : pour pouvoir y rester 3 jours, la capitainerie nous a orientés vers un autre endroit que celui que nous avions trouvé…


Nous n’aurons plus que quelques nautiques à parcourir en début de semaine prochaine pour remiser PikouRous et profiter du mois de juillet en France, tout en laissant les mouillages suédois aux Suédois puisque qu’ils favorisent les vacances en juillet ! Et nous serons de retour en août, pour profiter des archipels et de mouillages moins sollicités…

Quelques photos

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Petite semaine au Danemark

Sans titreDSCF1515Eh ! Bien, le vent n’est passé plein Nord, et les bouchons d’oreille ont été efficaces : nous avons supporté 3 nuits à Copenhague / Margretheholm pendant le festival de Hard Metal « Copen Hell ». DSCF1653Au final, notre visite de la capitale danoise a été largement imprégnée de ce festival : nous avons, bien sûr, apprécié le centre-ville bâti sur plusieurs îles et donc pénétré de toutes parts par des bras de mer, son animation bon enfant, sa Tour Ronde, son musée national (immense : nous nous sommes cantonnés à la période préhistorique et aux Vikings) et le château de Rosenborg.

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Nyhamn

Ce dernier nous permet de visualiser ce qu’était le pouvoir danois dans l’Histoire, pas par l’importance du bâti (somme toute modeste comparé à Versailles) mais à travers les trésors en meubles, bijoux, armes… amassés depuis le XVI° siècle et conservés en l’état. Mais baigner dans la foule des festivaliers a aussi été une expérience : vêtements noirs de rigueur, largement ornementés et tatouages omniprésents, et puis au fil des jours attitudes surprenantes, mais jamais hostiles. Certains bateaux dans la marina participaient aussi au festival avec leur décoration et leurs équipages en noir. Et du fait que les transports en commun étaient pris d’assaut par les festivaliers nous avons dû rentrer à pied du centre ville jusqu’à notre marina, en traversant le quartier « Christiana » immense squat créé en 1971 par des jeunes en révolte (des Hippies donc…) contre notre société et toléré par les autorités.

Les tatouages (et les tags omniprésents), l’herbe en vente libre, le combat pour sauver (de la volonté du gouvernement de le faire disparaître) « Pirates bay, ou la baie de la Paix », où des rafiots en plus ou moins mauvais état tentent de flotter et d’abriter des habitants du squat à continué à nous étonner. Notre image de Copenhague en reste marquée ! Et en rentrant sur le bateau, nous avons eu la surprise d’une visite des autorités danoises : police et douane. Et parmi leurs questions figurait celle-ci : « avez-vous de la drogue à bord ? ». Après avoir vu des plants de haschich à Christiana, cela fait drôle…

Bon, nous aurions encore bien consacré une journée à la visite de Copenhague, mais 3 nuits bruyantes, c’est bien. Quatre, cela aurait été de la gourmandise, d’autant que l’intensité des évènements augmente pendant le week-end ! Nous avons donc repris la mer samedi 22 juin, direction Helsingør (Elseneur en Français), sur la Pointe Nord-Est de cette île du Danemark. DSCF1715Navigation par beau temps, vent instable en force et direction et courant contraire, dans une région réputée difficile compte-tenu de sa géographie, puisque c’est le lieu d’échange des eaux de la Baltique et de l’Atlantique via la mer du Nord. Toujours des éoliennes, un trafic important surtout entre Helsingør et Helsinborg les deux ports les plus proches entre Suède et Danemark (4 km). Mais à part la forme de certains bords qui montraient notre peu d’emprise sur les éléments, pas de grande difficulté.

A 13h30, nous nous amarrions dans une boîte, près d’un bateau allemand dont l’équipage nous a aidé. Avec un vent de 12 nœuds mais de face, et de l’aide, les choses se passent plus aisément !
Elseneur aussi nous a ravis. La marina est toute proche du centre médiéval de la ville, au pied de son château.

Il ne s’y tenait pas de festival bruyant, mais dimanche avait lieu un championnat européen de triathlon (natation, vélo, semi-marathon) : animation de la ville garantie ! L’histoire de la ville est très riche, et la ville elle-même a été très riche puisque les Rois du Danemark (qui régnaient à cette époque aussi sur le Sud de la Suède, le Nord de l’Allemagne, le Groenland et l’Islande) imposaient à tous les navires empruntant ce détroit entre Mer du Nord et Baltique une escale pour leur payer une taxe ! De la fin du XV ° siècle jusqu’en 1857…

N’ayant pas subi les batailles et le bombardement anglais de l’époque napoléonienne enduré par Copenhague, son centre-ville est composé de maisons et de bâtiments anciens. L’Eglise de Sainte-Marie est magnifique.DSCF1822 Le château de Kronborg est une forteresse (participant à l’imposition de la taxe sur l’utilisation du détroit) et non un château d’apparat, et a lui subi les outrages du feu et des pillages suite à une défaite face aux Suédois. DSCF1911Il est à la fois en excellent état extérieur et très dépouillé à l’intérieur. Mais pendant l’été, une troupe d’acteurs l’anime et rappelle que Shakespeare y a situé l’action de Hamlet. DSCF1826C’est aussi un chantier naval important fermé dans les années 1980 et maintenant une station balnéaire avec une très belle plage.DSCF1849
Bref, nous avons apprécié notre séjour, et le prolonger d’une journée lundi pour absence de vent n’a pas constitué un sacrifice. D’autant que le vent devrait être favorable mardi et nous permettre une longue étape vers le Nord.

La page Culture

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Sur la côte Sud de la Suède

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Le vent est toujours favorable et maniable entre deux coups de vent, et les navigations confortables avec un certain nombre d’adaptations de la voilure ! Alors, nous poursuivons notre route, même si une petite halte serait la bienvenue.
La navigation de vendredi 14 juin en est un exemple : allure de bon plain, puis de travers et enfin plus arrière (ce qui nous fait monter le spi asymétrique), avant que le vent ne s’éteigne à 2 heures de route de l’île de Hanö. IMG_5264Le soleil prend son temps pour se coucher, et lorsque nous nous amarrons vers 22h30, à couple sur un bateau danois car le port est bien plein, l’éclairage est suffisant pour manœuvrer sans inquiétude. IMG_5285Samedi, nous restons au port pour cause… de coup de vent, et cela n’est pas pour nous déplaire ! Juste une manœuvre bien réussie pour se glisser entre 3 navires et prendre une place à quai. Ce qui permet de lancer la conversation avec les voisins ! IMG_5294Au moins avec ceux qui parlent un peu d’anglais. Le port est tenue par une dame, les toilettes sentent bon, et il y a des fleurs ! Le tour de l’île de Hanö fait 6 km, la présence humaine s’y fait essentiellement sentir dans le port, il n’y a aucune circulation à moteur, mais un cimetière anglais rappelant le naufrage d’un navire de guerre britannique lors des guerres napoléoniennes qui fait ce samedi l’objet d’une commémoration, des légendes de géante semant des cailloux, des chemins balisés : nous passons une excellente journée… Jusqu’à 16h00, quand orages et pluies s’abattent sur nous.
Même genre de navigation dimanche 16 juin, si ce n’est que le vent du Sud de la nuit a créé une bonne houle qui s’oppose aux vagues créées par le vent de Nord-Nord-Ouest : l’estomac désapprouve, mais sans plus.

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Simrishamn
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Simrishamn

De même lundi 17 juin, avec une mer plus calme mais un vent plus capricieux et une arrivée à Ystad alors que 3 ferries y entrent ou sortent. Nous croisons maintenant des voiliers en nombre se dirigeant vers la Stockholm, la Finlande…

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Ystad

Il faut dire que la côte change totalement : fini le granit et les archipels, voilà de longues plages de sable fin, des paysages verdoyants (blé de la Suède) et une côte plus ou moins rectiligne qui nous est aussi plus familière, mais n’offre que peu d’abris naturels. Nos deux escales, Simrishamn et Ystad sont des villes anciennes, avec un cœur datant du Moyen-Age, aujourd’hui centres de villégiature avec quelques bateaux de pêche en activité. Pour la première fois depuis notre départ, nous avons même croisé un bateau de pêche en mer ! Les ports sont assez impersonnels. Mais si nous avons été sensibles au charme de Ystad, Simrishamn ne nous a pas beaucoup inspirés. Quoique son resto thaï…
Mardi 18 juin commence de la même façon : spi asymétrique, puis symétrique, puis génois tangonné quand le vent monte, mais notre escale est spéciale à deux titres. D’abord parce que nous abordons une zone très peu profonde et qu’un canal y a été creusé pour éviter les mines posées pendant la 2° guerre mondiale. Ce canal est utilisé aujourd’hui pour éviter le tour d’une pointe de terre un peu longue à négocier. Une marina est installée au Nord  du chenal juste après un pont autoroutier qui s’ouvre toutes les heures pour laisser passer les voiliers. Il nous faut donc tourner ¼ d’heure avec 4 autres voiliers pour attendre son ouverture, ce qui se fait sans grand problème malgré un vent arrière de 15 nœuds. DSCF1386
Mais surtout parce que le système d’amarrage le plus courant dans cette région consiste à amarrer le nez du bateau à un ponton et chaque côté arrière à un poteau, dans ce qu’on appelle une boîte. Or le port est tout en long, avec essentiellement des boîtes étroites. Les quelques boîtes assez larges pour PikouRous et dans l’axe du vent sont occupées. Ne nous restent que quelques boîtes au fin fond du port et perpendiculaire au vent… Effectuer une manœuvre propre dans ces conditions est mission impossible. Après avoir effectué deux fois le tour du port sans trouver d’autre solution, nous nous glissons à moitié dans une boîte et nous laissons pousser par le vent sur les poteaux (heureusement protégés par un cylindre en plastic) et le bateau sous le vent, pour passer un bon quart d’heure à passer et tirer sur des amarres pour prendre notre place. Ce système ne nous a jamais plu, mais là, c’est le pompon ! D’autant que les discussions autour du bureau du port par les plaisanciers qui viennent disent la même chose, et qu’un plaisancier local nous dira le lendemain matin avoir toutes les peines du monde à s’extraire de sa boîte car il est seul à bord. Pourquoi ce système perdure t’il ????
Fatigués, mais quelque peu énervés, nous décidons de profiter de l’offre du port de nous prêter des vélos. Nous visitons ainsi la station balnéaire sur la presqu’île de Skanör, sa plage et sa petite marina: la fin de journée est très agréable, et une pizza (en fait 2 pizzas, dont une sans gluten) arrosée de vin rosé de Californie ne gâte rien.

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Skanör

Nous sommes maintenant en vue des côtes danoises, de notre premier champ d’éoliennes en mer et du pont qui relie Malmö à Copenhague. Le vent est toujours favorable : nous décidons d’une dernière étape vers Copenhague où nous resterons quelques jours. Cette navigation se fait toujours au portant, mais dans un environnement encore différent : les fonds hors des chenaux dragués sont faibles, l’espace y est compté et partagé avec les éoliennes, le pont, les ferries et autres usagers. IMG_5427L’aéroport de Copenhague est tout proche et le trafic aérien est lui aussi important : le ronronnement des moteurs dans une atmosphère chaude et humide, par un vent qui s’affaiblit, créé une atmosphère glauque. Mais le vent se relève, et cette impression disparait…


Nous nous approchons de la marina que nous ont recommandée des voisins de pontons danois, réputée pratique pour visiter la capitale. L’environnement est de plus en plus industriel. Nous croyons apercevoir une piste de ski ??? Nous y sommes. Bien sûr, l’amarrage se fait dans des boites, et il nous en faut trouver une suffisamment large. Nous sommes hélés en français. Un couple nous explique que nous ne trouverons pas plus large que les boites sur ce ponton, soit 4 m. La largeur du bateau est toujours de 3,95 m, et le vent de travers à 12 nœuds… Même en oubliant les pare-battage cela nous semble étroit. Mais ils sont prêts à nous aider à accoster : cela ne se refuse pas ! Et ma foi, cela se passe plutôt mieux que la veille, si ce n’est que nous avons prévu des amarres trop courtes pour l’arrière. Les bateaux danois de notre largeur sont plus longs que PikouRous… Nous ne mettons que 10 minutes pour adapter l’amarrage… Notre couple (elle Danoise, lui Français d’origine, mais habitant Copenhague) nous donne une masse d’information. Par exemple, la marina est au pied d’une immense station de recyclage qui permettra de fabriquer de la neige pour la piste de ski. Et aussi que nous arrivons à point pour le Festival de l’Enfer de Copenhague, rock et hard métal, qui commence ce soir pour une semaine à portée de sono !!! Si le vent reste de Sud, ce sera juste désagréable. S’il tourne au Nord comme l’an dernier, ce sera insupportable !

Zoologie et botanique suite

Le sud Est de la Suède

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Les coups de vent continuent à se succéder : cela nous rappelle notre dernier été en Écosse… Et le jeu est toujours est toujours de trouver la bonne fenêtre météo entre le vent trop fort et l’absence de vent. L’orage s’en mêle aussi. Heureusement, les prévisions météo sont plutôt fiables. Et question ressenti, le temps est au beau fixe !
Lundi 10 juin, le vent est faible, mais on nous annonce encore un coup de vent pour la nuit suivante : nous mettons le cap au Sud, avec la mission de nous protéger du Nord-Est. Une longue navigation d’abord au moteur, puis au spi asymétrique, puis le vent augmentant sous génois, puis le vent diminuant sous voile et moteur nous conduit à Kalmar. DSCF0408Nous avions prévu de nous arrêter plus tôt mais puisque le vent nous portait, nous avons continué. 58 nautiques sans effort notable jusque dans ce goulet devant Kalmar qui nous a laissé de mauvais souvenirs : cela ne se refuse pas !
Comme nous connaissons bien la marina de Kalmar, nous n’hésitons pas à nous faufiler au fin fond du port, face au Nord-Est et près des services : confort assuré. Nous réussissons à faire notre lessive et nos courses mardi entre deux averses, et même à rafraîchir nos souvenirs au musée qui raconte comment le navire de guerre Kronan a coulé en 1676 et montre tout ce qu’on en a retrouvé.

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Kalmar

Mercredi nous retardons notre départ : un orage impressionnant éclate vers 9h00, et le vent souffle encore bien. Nous partons vers 10h00, et les rafales assez sèches nous cueillent dès la sortie du port : jusqu’à 30 nœuds. Mais nous avions prévu le cas, et « courageusement », nous avions laissé la grand’voile au chaud dans son lazy-bag, et n’avions mis en place que la trinquette (la plus petite des voiles d’avant). Elle suffit à nous propulser entre 5 et 7 nœuds en fonction des rafales. De plus, le vent qui souffle depuis un moment de Nord a créé un courant vers le Sud de près de 2 nœuds vers le Sud, et nous filons ! Il était prévu que le vent décroisse pendant la journée, mais il était aussi prévu que le vent serait plus fort au Sud. Résultat, pas de changement notable et nous sommes contents du choix de notre voilure ! Nous décidons de nous arrêter à Grönhögen, à la pointe Sud de l’île de Öland et accomplissons les derniers nautiques quelque peu abrités par la côte de l’île. Il y a 18 nœuds de vent dans le port, et le responsable souhaite que nous nous amarrions sous le vent d’un quai : heureusement il nous aide à la manœuvre ! Il s’agit d’un ancien port de pêche, reconverti, et nous ne serons ce soir que 3 voiliers et une demi-douzaine de camping-cars à nous y arrêter. La petite ville a conservé un caractère authentique, et nous nous y sentons très bien.

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Grönhögen sur l’ile d’Öland

La nuit est très orageuse. Une première série de rafales secoue le bateau vers 01h00, de SSW. Comme nous ne coupons plus notre système de mesure du vent pour éviter les problèmes que son démarrage induit sur le système de navigation, nous pouvons vérifier qu’à son maximum le vent a soufflé à 38,6 nœuds… Et deux autres séries, légèrement plus faibles, émaillent une nuit peu reposante !
Du coup, nous sommes un peu hésitants le lendemain : devons-nous reprendre la mer, alors que le vent sera maniable, mais contraire ? De plus, le ciel est très lumineux mais une brume a tout gommé autour de nous… Il est presque 10h00 lorsque nous larguons les amarres. La direction du vent est un peu instable et nous changeons de bord régulièrement pour en tirer le meilleur parti. A 16h00 il force un peu, et nous prenons un ris.
Danièle serait bien retournée à Utklippan, mais Daniel plaide la cause d’une île à la pointe Sud-Est de la Suède et d’une marina que nous ne connaissons pas : Utlängen / Stenshamn. Et ce choix en annonce un autre : Nous pensions que notre navigation pourrait nous mener dans le Nord-Est de l’Allemagne, et nous aurions bien fait le tour de l’île de Rugen, dont tout le monde nous dit grand bien, donc cap au Sud. Mais nous devons être à Göteborg fin juin / tout début juillet, et souhaitons aussi profiter de ce que le Sud de la Suède et l’Est du Danemark ont à nous proposer… Alors, plutôt que de courir, nous décidons de poursuivre sur la côte Sud de la Suède, en renonçant à notre escapade en Allemagne, donc cap à l’Ouest !
Le chenal pour accéder à Stenshamn est un peu tortueux mais bien indiqué ; la marina partage avec quelques barques et un petit ferry le port délaissé par les marins pêcheurs. Ce n’est pas grand, pas profond, mais suffisant pour PikouRous et très bien protégé du coup de vent (moins fort que les jours derniers) prévu pour cette nuit ! Un voilier allemand nous y rejoint : nous passerons la nuit à deux. Pourtant, nous commençons à croiser de plus en plus de voiliers sur l’eau : la saison commence !

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Stenshamn

En fait, notre île (plutôt petite) est reliée par une digue à une île plus grande. La première était habitée par les pêcheurs, la seconde par les fermiers. Si les premiers ont disparu (sauf à titre de plaisir), il y a toujours élevage de moutons et de vaches sur la seconde. Et les maisons sont entretenues, la plupart au titre de résidences secondaires.

Un petit phare, des installations militaires désaffectées (il faut dire que l’emplacement est stratégique), pas de véhicules motorisés mais une réserve naturelle et beaucoup de plantes, d’insectes et d’oiseaux : grâce aux vélos que nous avons empruntés à un bricoleur qui s’activait sur le port (il n’y a aucun service, et le paiement de la nuit de port se fait en glissant notre obole dans une boîte), nous avons passé un très belle matinée vendredi.

La journée était prévue sans aucun vent, et nous devions y rester une nuit de plus. Mais comme d’habitude, il faut adapter les plans : les vents demain seront plus forts que prévus jusqu’à maintenant, et un petit vent favorable doit se lever en fin d’après-midi : à 16h00, nous quittons la marina, cap à l’Ouest. Dans le chenal, nous croisons notre premier voilier français de la saison : juste le temps d’échanger les ports d’attache de chacun des bateaux, et nous poursuivons nos routes respectives. En fait, c’est à cette époque que nous arrivions en Suède en 2009 et en 2018 : c’est pourquoi nous croisons maintenant des voiliers qui font route vers le Nord, majoritairement allemands et hollandais…

Un petit coin de botanique…

J’ai oublié les insectes

De retour en Suède

Après 5 nuits à Kuressaare en Estonie, et bien qu’ayant beaucoup apprécié la région, nous sommes contents de reprendre notre route quand la météo nous en laisse enfin le loisir.La vent fort règne encore sur Gotland, notre futur point de chute, mais nous pouvons nous préparer à quitter l’Estonie en rejoignant la pointe Sud de Saaremaa.trou
Une navigation étrange le mardi 4 juin : les éoliennes tournent sur l’île et notre prise de vent en haut du mât indique 10 / 12 nœuds de vent de Sud, comme prévu. Mais, nous ne recevons qu’un tout petit vent au niveau du pont, et les voiles ont du mal à nous porter ! De temps en temps, le vent accepte de les gonfler plus généreusement, et repart en altitude… Et vers 11 h, le vent tourne soudainement vers l’Ouest et atteint 19 nœuds en rafales… Mais il fait beau et nous profitons d’être en mer. Nous nous amarrons à Mõntu, une petite marina perdue à la Pointe de l’île. Service minimum (nous aurions bien été faire une balade en vélo à l’extrême pointe, mais c’est trop loin à pied), capitaine de port qui parle l’allemand mais pas l’anglais, et pas de couverture téléphonique ni de WiFi. C’est la première fois depuis notre départ que nous nous trouvons « isolés » : cette situation, normale il y a quelques années est devenue inconfortable ! D’autant que pour la traversée du lendemain, nous aurions besoin d’une bonne prévision météo. Mais ce qui est proposé est confortable. Bref, nous ne pouvons plus nous passer d’une connexion internet…

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Mõntu

Et mercredi à 4h40, c’est le grand départ vers l’Ouest. La journée est belle, le vent ne dépassera pas 12 nœuds mais restera avec nous pour ¾ du temps. Spi symétrique, puis asymétrique, puis génois : une traversée grand confort. IMG_4808Mis à part quelques containers et autre tanker, personne en mer. Peu avant minuit nous nous présentons à l’entrée du chenal au Nord de Gotland, Fårösund. Nous sommes au moteur, le soleil se couche mais la nuit est légère, on voit encore les balises mais plus leur couleur, les oiseaux piaillent à qui mieux mieux et la terre exhale ses odeurs fleuries : magique ! Il s’agit de se mettre à l’abri sur la côte Ouest car le vent sera bientôt de Sud-Est. A 01h du matin (heure estonienne, soit 02 h heure suédoise), nous posons notre ancre dans une baie au Sud-Ouest de l’île de Fårö. « Poser » est le mot : le sol est calcaire et dur, nous sommes dans 3 m d’eau mais assez loin de la côte : nous ne sommes pas très tranquilles. DSCF9266Mais nous avions tort : ce bout de nuit est parfaitement tranquille et nous permet de repartir un peu reposés à 06 h vers le port principal de l’île de Gotland : Visby.
Le vent est instable, mais maniable : à condition d’adapter la voilure régulièrement, et sous un grand soleil, la navigation est très agréable. A 14h30, nous nous amarrons « à la suédoise » à Visby. 150 nautiques sans grand effort ! Le port est à la taille de l’île : immense, et reçoit en simultané plusieurs ferries (5 au maximum). La marina blottie dans un coin est « urbaine », et offre un confort minimal pour une ville de cette taille. Mais nous sommes au cœur de la ville, nous avons pu aisément louer une voiture pour le lendemain, et avons des voisins de ponton sympas, dont un couple de Finlandais que nous avons rencontrés à plusieurs reprises. Bon, il fait un peu chaud… Mais nous n’osons pas nous plaindre alors que la tempête Miguel sévit sur les côtes atlantiques.

Et la ville est superbe ! Sa réputation en juillet est horrible à nos yeux : la jet-set s’y retrouve, et elle devient surpeuplée et ultra-bruyante. Mais en juin, c’est un joyau. La position de l’île est stratégique, entre Orient et Occident et le commerce a fait sa richesse depuis des lustres. Des hommes préhistoriques aux marchands de la guilde hanséatiques en passant par les Vikings, l’île et sa capitale regorgent de témoignages historiques. Nous ont particulièrement intéressés les nombreuses ruines et les quelques églises coquettes des 12° et 13° siècles (une centaine sur l’île !), les cimetières de -2000 à +1000 ans autour de JC, les « falaises » et autres « monuments » calcaires qui parsèment l’île. Bref, nous aurions pu rester visiter l’île plus longtemps.IMG_5015
Mais les pleins du bateau faits, nous reprenons la route vers Öland, l’autre grande île suédoise : les vents seront favorables samedi 8 juin, si nous partons tôt. Ce qui est fait à 05h30 : au près et au soleil, nous nous amarrons à un ponton tout au Nord de l’île vers 14h. D’après notre documentation (récente), ce ponton fait partie d’une petite marina, à côté d’un embarcadère de ferry. Mais l’endroit est désert à part 3 camping cars. Il est surtout fréquenté par les oiseaux, que nous dérangeons franchement vu la proximité de leurs nids. IMG_5072IMG_5057Nous sommes dans une réserve naturelle, et les insectes, oiseaux, plantes divers et variés fourmillent. Nous avons même la chance de déranger un chevreuil DSCF9724qui ne craint pas de nous observer de près…Nous partons en balade vers un phare : 3 km dit Daniel, et 12 km après nous retrouvons le bateau heureux de ce que nous avons vus… Mais trop tard pour faire un gâteau d’anniversaire !

Dimanche 10 mai, coup de vent de sud avec rafales à plus de 30 kts mais sous le soleil. Nous continuons l’exploration de notre réserve naturelle. Gâteau d’anniversaire au chocolat légèrement brulé mais ce n’est pas inhabituel …

Lundi 11 mai, nous larguons les amarres. Surprise, ce matin la pompe des toilettes ne fonctionne plus et voilà ce que l’on trouve à l’intérieur !!!

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Le vent souffle un peu fort en soirée, puis plus nettement plus dimanche. Mais nous sommes confortablement installés, et bénéficions d’une bonne couverture téléphonique !
Encore un peu de repos, et ce sera parfait.

8 jours en Estonie

Bon, nous avons mangé notre pain blanc en tout début de navigation : la série de coups de vent se poursuit, tous les deux ou 3 jours, brefs mais dépassant le plus souvent les 30 nœuds. Entre 2 coups de vent, le calme plat. Le jeu consiste donc à naviguer quand il y a déjà ou encore du vent, mais pas trop fort, avant qu’il ne s’éteigne ou ne se renforce. Nous y sommes arrivés pour quitter la Finlande et rejoindre l’Estonie, puis pour deux navigations en Estonie : nous avons pu faire de la voile ! Pas de tout repos, car les départs ont eu lieu au petit jour et la mer se calmant moins vite que le vent, nous avons été bien malades pour la traversée du Golfe de Finlande. Il faut aussi compter que dès que nous sommes près du vent, il fait « frais »… (froid dixit Daniel…) Mais c’était bien quand même !IMG_4525
En Estonie, nous découvrons tout, et d’abord, les conditions de navigation. Nous avions bien lu que la mer y était peu profonde : nous confirmons ! En fait, nous comprenons qu’au contraire du sous-sol des pays scandinaves qui est constitué de granit érodé, le sous-sol de l’Estonie (et Gotland que nous espérons rallier bientôt, en Suède) est calcaire, issu de limons. IMG_4675Il est plat, tant sur terre que sur mer, et parsemé de « boulders », des rochers de granit charriés de Scandinavie par les glaciers quand ils se sont retirés. Approcher de la terre ne se fait donc que par des chenaux étroits (parfois quelques mètres de largeur) de plusieurs nautiques de long, dragués pour certains… Pas de mouillage forain, non plus ! En revanche, de petites marinas se sont construites assez récemment, confortables et conviviales, souvent situées à proximité d’un départ de ferry.

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La marina de Kuivastu

Question balisage, tout ce qu’il faut est en place, mais pas de façon aussi démonstrative qu’en Finlande. Et les cartes CMAP sont toujours aussi approximatives : nous ne découvrons les marinas qu’au grossissement le plus fort, et nous avons traversé un sillon semi-immergé de plusieurs nautiques par une porte étroite au Nord de l’île de Hiiumaa, entre deux cardinales Nord et Sud bien présentes et correctes en mer, mais représentées à l’inverse sur la carte. De quoi érafler ses quilles sur des fonds de l’ordre de 2m… Heureusement les cartes Navionics sur iNavX est toujours aussi performant. D’ailleurs, un couple de Hongrois qui avait loué un voilier tout neuf à Kärdla (source : radio-pontons) a touché une épave en rejoignant le port avant que nous n’arrivions, et s’est échoué (en dehors du chenal d’accès) en le quittant, avant que nous ne repartions…2 à 0 balle au centre. Mais ne nous moquons pas, nous avons encore à l’esprit notre quille droite dans un rocher en 2009 au sud de Stockholm..

Ayant renoncé à atteindre Talinn en voilier, nous avons visité l’archipel à l’Est du pays. Notre première étape le lundi 26 mai a été l’île de Hiiumaa et la marina de Kärdla, puis nous sommes allés sur l’île de Muhu et la marina de Kuivastu, et sur la plus grande de l’archipel, l’île de Saaremaa avec la marina de Kuressaare sise au pied d’une forteresse.

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Les distances sont relativement longues (Saaremaa fait sans doute 100 km de long) et il faut faire des détours importants en mer pour trouver des profondeurs suffisantes. Nous avons pris le bus sur Hiiumaa, loué une voiture sur Saaremaa, pas mal marché, et nous nous sentons moins dépaysés aujourd’hui qu’à notre arrivée ! Car bien sûr, tout est pareil qu’en Scandinavie ou en France, mais tout est différent… La langue tient du finnois : inaccessible pour nous. Et contrairement à ce que nous avons lu et entendu, l’anglais n’est pas si pratiqué que cela, même par les jeunes (il en est sans doute différemment à Talinn…). Mais la monnaie est l’Euro. Les produits dans les magasins sont pour partie communs avec ceux des pays scandinaves, mais le plus souvent de marques similaires à celle qu’on trouve en France. Reste à comprendre les étiquettes des produits : brique de lait ou de yaourt ? Ce n’est pas une question de bonne volonté, mais ce n’est pas simple !
Grande différence pour nous : le sans gluten est très peu distribué (nous n’en avons trouvé que dans le plus grand supermarché de l’archipel), et peu accessible dans les restaurants. Un peu la situation en France il y a 5 ans… Inutile de tenter de nous alimenter dans un snack, bar… Reste les « bons » restaurants. Et ils sont bons, et nettement moins chers qu’en France ou en Scandinavie (comme les produits en supermarché) : nous ne perdons pas au change. De l’aiguillette, du Seljanka à la viande (d’origine russe), du porc en sauce locale…
Question économie, l’agriculture semble bien présente, comme l’exploitation des résineux. Et le tourisme.DSCF7720

Question histoire, il y a de quoi faire ! Depuis la pré-histoire, en passant par les Teutons qui ont envahi le pays en revenant des Croisades, les Danois puis les Suédois, et les Russes une première fois entre 1721 et 1918, puis avant la première guerre mondiale jusqu’en 1991 / 1993. C’est que les locaux ne se laissaient pas faire ! Et les bâtiments que nous visitons illustrent cette histoire : des églises du 12° au 13° siècles (étonnantes, bien conservées sur plan architectural, mais glaciales et humides, donc impropres au culte selon nos références), la forteresse de Kuressaare dont l’origine est du même ordre, qui a fait l’objet de modifications au cours des siècles et est restée superbe, des manoirs d’inspiration germanique ou suédoises, et des maisons d’un peu tous les styles.

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La marina de Kuressaare

Le sujet russe est sensible et nous n’osons pas poser de question. Une des tours de la forteresse de Kuressaare fait cependant l’objet de la commémoration de l’assassinat de plusieurs dizaines de personnes par les autorités soviétiques (et communistes estoniennes) en 1941. Quant aux Russes vivant aujourd’hui en Estonie, ils ne semblent pas ou peu habiter l’archipel.
Deux points particuliers… Une météorite s’est écrasée sur l’île de Saaremaa il y a environ 3000 ans. Il en reste un beau cratère de 100 mètres de diamètres et 22 mètres de profondeur (et quelques cratères plus petits).

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La cratère de Kaali

Et dimanche 2 juin, nous sommes tombés sur la préparation de la journée qui fêtera à Tallinn le 23 juin le solstice d’été et la victoire des forces estoniennes sur les troupes allemandes le 23 juin 1919. Une flamme se promène de ville en ville et son accueil fait l’objet de chants et danses plus ou moins traditionnels et d’un bal populaire. Elle était à Kuressaare dimanche 2 juin, et nous avons pu participer à la manifestation : très sympathique !

Demain mardi 4 juin, les vents passent à l’Est et la mer se calme. Nous prévoyons un saut de puce vers le petit port de Mõntu sur l’île de Saaremaa pour une traversée au portant mercredi vers le nord de Gotland. Destination Visby.

Quelques photos de nature